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LIGNES • ORIENT-EXPRESS ≡ D'après une série de 4 articles de Santa di Salvo parus dans IL MATTINO en août 2009
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En voyage vers l’Est entre volants et mazurkas.
Voitures années trente et personnel en uniforme,
On part de Venise.
Ces voies intemporelles.
En voyage vers Paris dans la voiture 3309.
Entre bois, chaudière et chaise longue.
Smoking et mousseline sur le train de luxe.
Dans le musée roulant où la sobriété
est un péché mortel.
Paris, destination mélancolique
Dernier arrêt Gare de l’Est :
ainsi se termine le voyage dans le train de la mémoire.
  D’où partir si ce n’est pas d’ici, la ville musée par excellence, pour redécouvrir la force d’un stéréotype qui a traversé un siècle et qui vit encore dans notre psyché ? Venise est la tête de ligne idéale de l’Orient-Express, train mythique par excellence, rêve luxueux et trouble dans lequel se mélangent élégance et aventure, intrigues et rencontres fatales, Agatha Christie et James Bond. Du parcours originel, utilisé la première fois le 4 octobre 1883, de Paris à Giurgiu en Roumanie, puis via Varna en ferry-boat jusqu’à Istanbul, il reste beaucoup plus qu’un souvenir.

 

   La Sea Containers Group de James B. Sherwood qui depuis 1976 a fait son entrée dans le monde de l’hôtellerie de luxe en acquérant le Cipriani de Venise, décida de reconstituer le Venise Simplon-Orient-Express (VS-O-E) après la vente aux enchères de Sotheby’s à Monte Carlo où en octobre 1977 tout le mobilier Art Déco des voitures utilisées dans le film le Crime de l’Orient-Express a été mis en vente. Ceci fut le début d’une recherche historique que Sherwood, entrepreneur milliardaire originaire du Kentucky, fit personnellement dans toute l’Europe pour retrouver les voitures d’origine perdues, démembrées et pillées par deux guerres mondiales. En quatre ans et demi, restauration comprise, l’Orient-Express renaît : le premier Londres-Venise part de Victoria Station le 25 mai 1982.

 

Venise Santa Lucia, 9 heures du matin.

   « Mr Cain et Mrs Matthews ? ». « Je vous en prie Mr et Mrs Cain » dit-elle. Vêtue d’une robe fuschia à volants et d’une rose fuschia dans les cheveux. Elle en sandales d’or avec talons aiguilles, lui en chemise blanche et cravate regimental. Les premiers passagers de l’Orient-Express à arriver. Le train part à onze heures de la voie 2, mais le bureau d’accueil est déjà ouvert. Bois sombre et main courante rouge, tapis bleu, hôtesses impeccables, bagages à consigner à la main que le personnel disposera dans les compartiments. Les voyageurs « normaux » observent avec curiosité tout cet affairement, un groupe de français s’arrête pour attendre le train, pour voir de l’extérieur les wagons des années trente et le personnel de bord en uniforme d’époque. D’autres passagers arrivent, presque tous des couples anglais et français d’âge moyen ; L’Orient-Express est le lieu idéal pour fêter un anniversaire, pour conclure un contrat, pour se donner des émotions. Le signore et la signora Martin à l’air campagnard viennent des Costwolds, le couple originaire d’Europe de l’Est est intégralement griffé Gucci. En contraste strident voici deux aventuriers style thé dans le désert : saharienne, bermuda et sac à dos. La demoiselle du bureau remue la tête et instruit les ignares : lo stile non è acqua, les jeans, les t-shirts et les baskets sont interdits à bord.
Des types vraiment singuliers se croisent à la tête du train : un petit homme solitaire d’âge moyen qui ressemble véritablement à Poirot, cheveux et moustaches d’un noir improbable, air méphistophélique et habillement fin de siècle.

 

  N’y peuvent manquer les japonais : grands-pères en complet sombre, grands-mères en lin blanc, la petite d’un certain âge toute en fleurs avec un chapeau à bord large. Gauches et raides devant les inévitables flash qui immortalisent l’instant solennel. Une queue de tempes dégarnies et de cheveux crêpés  se dirige le long des voies et enfin le train arrive. L’or et l’azur des voitures brillent au soleil, l’emblème croisé des Compagnies Internationales Pullman et Wagons-Lits resplendit sur les flancs, les stewards en file indienne sourient et les serveurs en gants blancs saluent les nouveaux arrivants. Une seule fausse note : la locomotive des Ferrovie dello Stato poussiéreuse et fatiguée. Dès que l’on passe la frontière, dit Michele Rocca chef steward en service sur le train depuis douze ans, tout change. Locomotive reluisante, accueil en grand uniforme, parfois, dans les pays de l’Est, la fanfare. Ah l’Italie, pays négligé et sans mémoire ! On part, l’aventure qui nous amènera jusqu’à Paris commence.

Venise • 02/07/2007
 
 
 
Venezia S. Lucia • 02/07/2007
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24.07.2017